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Vino Business : Un livre contre la réussite? (Par Florence Bougault)

Par GrandsVinsPrivés Le 07 mars 2014

Un petit livre écrit sur Saint-Emilion fait actuellement le buzz (Vinobusiness par Isabella Saporta). Il me semble que nous aussi professionnels du vin nous pourrions prendre la plume.

 

Le vin c’est notre métier, notre passion, et c’est vrai aussi notre gagne-pain.

 

Quand on lit les nombreuses inepties de ce très petit livre,  comment ne pas réagir, comment ne pas se défendre, comment ne pas prendre parti ?

 

Bien sûr nous avons des intérêts à défendre : ceux de la viticulture française qui méritent mieux que des jalousies, des faux débats et des fausses oppositions : celles des riches contre les pauvres, des grands contre les petits, des bios contre les autres …

 

Comment oublier des choses simples : le prix des vins dépend de leur qualité, et donc de la météo du millésime, mais aussi de leur notoriété, et d’un marché aujourd’hui international de plus en plus complexe, qui peine parfois à bien ajuster la demande à l’offre…

 

Oui les vins ne sont pas tous au même prix, mais il y en a ainsi pour toutes les bourses et pour tous les goûts.  Mais tous les vins se retrouvent autour des mêmes valeurs : convivialité, savoir-faire, partage…

 

La réussite serait-elle devenue un mot grossier ? Il y a dans ce très petit livre un parti pris trop français qui consiste a priori à déprécier les succès, individuels ou collectifs. Ne devrait-on pas au contraire se réjouir des réussites exceptionnelles de ce vignoble de Saint-Emilion, patrimoine de l’humanité, et de la réputation mondiale de ses plus grands crus classés ?

 

Le classement ? Un repère, une compétition, une source de progrès pour les meilleurs comme pour les autres, et certainement pas seulement une machine à fric… Des conflits d’intérêt ? A voir, mais les débats en cours sur ce classement portent-ils sur la qualité réelle des promus, ou ne sont-ils pas principalement alimentés par la déception des exclus, sur des bases juridiques d’une telle complexité qu’un vigneron n’y retrouvera certainement pas ses raisins ?

 

James Bond boit de l’Angélus : est-ce une raison suffisante pour écrire 200 pages à charge contre Hubert de Boüard, vigneron d’exception et entrepreneur à succès, qui a dans les trois dernières décennies fait tant pour le rayonnement des vins de Saint-Emilion et du vignoble français en général…

 

Alors pour finir : cette semaine sur le site www.grandsvins-prives.com vous trouverez du château Angélus 2000 à vendre à 483 euros TTC la bouteille. Une somme j’en conviens. Mais c’est un choix on ne force personne à acheter cette merveille.

 

Ouvrir une grande bouteille, c’est vivre un moment tellement spécial,  comme celui de diner  dans un grand restaurant ou encore de conduire une belle voiture. Pas un plaisir de tous les jours mais après tout …. Chacun est libre de ses choix. On peut évidemment préférer se faire plaisir aussi avec des vins plus accessibles et tout aussi merveilleusement réussis : dine-t-on dans un étoilé tous les jours ?

 

Je ne suis pas de Bordeaux, et je ne suis pas d’une famille de vignerons. Depuis plus de 10 ans mon métier est de promouvoir le vin, et de le vendre, en France et à l’étranger.

 

Ce monde dans lequel je travaille est un monde ouvert dans lequel j’ai été accueillie et acceptée, un monde de convivialité avec c’est vrai une identité et des valeurs, des personnalités parfois entières, parfois difficiles,  mais quelle chance !

 

Quelle chance de défendre des terroirs, des traditions, un savoir-faire, un patrimoine détenu par des familles parfois depuis tant de générations, au final une culture et une civilisation… Combien de secteurs industriels ont encore cette chance ?

 

Et puis bienvenue aux nouveaux entrants, souvent riches (est-ce un défaut ?), étrangers parfois (mondialisation oblige)  qui finalement contribuent à la sauvegarde et au rayonnement de ce patrimoine exceptionnel que sont nos grands vignobles.

 

Rien n’est parfait à Saint-Emilion, mais ce n’est pas Dallas et son monde impitoyable. Comme la presse du même nom, ce dernier petit livre à scandale salit et désinforme, tout en vivant de la notoriété et de la réputation des lieux et des hommes qu’il insulte… Amis du vin,  ne perdez pas votre temps, et votre argent, à acheter ce brûlot et à le lire… Choisissez plutôt une bonne bouteille, une de celles que l’on ne partage qu’à deux, et demain, ou plus tard peut-être, cette bouteille riche d’histoire, de rêve et de sensations, racontera son terroir, et vous parlera fidèlement du vigneron qui l’a fait naître…

 

In vino veritas !

 

Florence BOUGAULT