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Interview d’Alain Brumont – Château Montus et Bouscassé (Madiran)

Par GrandsVinsPrivés Le 01 avril 2014

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Quand Alain Brumont achète Château Montus en 1980, les vignobles du Sud-Ouest sont en plein marasme. Les vignes de Tannat sont arrachées et remplacées par des cultures céréalières. Vigneron passionné et amoureux de son vignoble, Alain Brumont cherche les plus beaux terroirs afin d’y planter du Tannat, le cépage emblématique du Madiran.

 

20 ans plus tard, il est devenu propriétaire de la quasi-totalité des grands terroirs de l’appellation. Par un travail acharné et une forte conviction, il est parvenu à prouver au monde que l’on pouvait produire de grands vins à Madiran pouvant égaler les plus grands Bordeaux. Ce travail rigoureux lui a permis d’obtenir le surnom « Petrus du Sud-Ouest » pour certaines cuvées.

Interview d’Alain Brumont, vigneron à Madiran (Sud-Ouest), Château Montus et Château Bouscassé:

GRANDSVINS-PRIVES.COM : En trois mots, comment décririez-vous votre vin si c’était :

Une fleur ?

Alain Brumont : La violette, une plante mythique aux effluves sensuels.

GVP : Un fruit ?

A.B. : La Mûre pour ses arômes de fruits rouges et sa couleur bleu-noir.

GVP : Un parfum ?

A.B. : Shalimar de Guerlain, mystérieux, troublant, mythique

GVP : Une musique ?

A.B. : Le Flamenco pour son exigeante et sa grande sensualité, un univers mystérieux et envoutant.

GVP : Une couleur ?

A.B. : Un rouge RUBIS, telle une pierre précieuse.

GVP : Un tableau ?

A.B. : Bacchanale de Salvador Dali, l’expression de la rondeur et la féminité.

GVP : Un animal ?

A.B. : Le Minotaure, son histoire est digne d’un roman d’aventure.

 

GVP : Comment définiriez-vous le style et la philosophie des vignobles Alain Brumont ?

A.B. : Je souhaite démontrer que le Tannat est le cépage le mieux placé pour produire des grands vins au naturel sans intrants. Depuis 30 ans, je prépare le vin idéal du futur. De ce fait je suis passé au-delà des modes des vins élevés dans l’excès de bois ou du fruit très confit et lourd. J’ai comme ligne de conduite la recherche de la qualité,  de l’acidité et de la richesse avec des tanins profonds, riches et élégants. L’ensemble donne des vins frais et d’une jeunesse incroyable même au delà de 30 ans de vieillissement.

 

GVP : Quels sont les meilleurs millésimes pour votre vin (ou votre propriété) ?

A.B. : Chaque millésime va avoir sa personnalité, quelques dates emblématiques : 1985 mon premier 100% Tannat fait le tour du monde, c’est le début d’une belle aventure, puis 1990, 1998, 2001, 2002, 2005, 2009, 2010, …..

 

GVP : Pourquoi avez-vous choisi de mettre en valeur les vins du Madiran ?

A.B. : Pour l’amour des terroirs, la passion et l’envie de faire quelque chose de grand, de pur, à la recherche de la perfection.

 

Je suis très intuitif et j’ai eu l’opportunité d’être le premier dans la recherche des terroirs à une époque où les autres arrachaient leurs vignes. J’ai ainsi pu acquérir les meilleurs terroirs et créer une « appellation dans l’appellation ».

 

Pendant toutes ces années d’expérimentation et d’observation j’ai appris énormément. J’ai fait des découvertes sur ce terroir de Madiran: sur ses conditions naturelles liées à la proximité des Pyrénées, ses sols et sous-sols d’une richesse incroyable encore vierges de tous produits chimiques, l’histoire de nos ancêtres qui travaillaient déjà cette vigne… On pouvait faire quelque chose de grand, j’avais tous les ingrédients.

 

GVP : Que recherchez-vous dans votre cépage le Tannat ?

A.B. : Ce cépage demande une conduite à part. C’est le rouge le plus généreux de France. Contrairement à beaucoup de grands vins, le Tannat est un des seuls cépages au monde qui n’a pas besoin d’intrants (ni chaptalisation, ni acidification, ni collage).

 

J’effectue un travail unique sur les grappes. C’est de la sculpture. Je dis toujours : Ne demandez pas le rendement en hl/ha à votre vigneron, comptez simplement le nombre de grappes par pied : de 5 à 8 il vous respecte. Une vigne de 15 à 20 grappes par pied, ne vous procurera pas la même émotion.

 

GVP : Quel est votre moment le plus émouvant dans l’année comme propriétaire d’un vignoble ?

A.B. : Le stade d’épanouissement de la « Fleur », étape cruciale qui détermine  la qualité et le potentiel du millésime.

 

GVP : Quels sont selon vous les atouts / les particularités de votre région viticole ?

A.B. : Nous nous trouvons entre Bordeaux et Les Pyrénées. La proximité des Pyrénées offre de fortes amplitudes entre la chaleur du jour et le froid de la nuit. Le jour la brise de l’océan atlantique balaye la Gascogne et amène de la chaleur, la nuit les Pyrénées nous renvoient du froid. Ces conditions climatiques garantissent la qualité des acides, une meilleure qualité des tanins et une complexité qui nous permet d’élaborer des vins qui vont rester jeunes et qui vieilliront dans le temps.

 

GVP : Racontez-nous une anecdote amusante ou qui a marqué votre vie dans le vin ?

A.B. : Il y a 40 ans, un leader alsacien s’exprimait sur sa définition d’un grand vigneron. Selon lui, le grand vigneron, c’est celui qui allait, à partir d’un terroir vierge, déceler les cépages adéquats et en extraire la quintessence pour élaborer un grand vin avant même que la vigne soit plantée.

Quelques années plus tard, les critiques ont utilisé les mêmes mots pour le décrire.

Cela m’a marqué à jamais et j’ai suivi ces idées pour créer de nouvelles cuvées avec la diversité des terroirs de ma région.

 

GVP : Quel est votre prochain projet viticole ?

A.B. : Au côté de Bordeaux, de la Bourgogne et des Côtes du Rhône, nous participons avec nos 100% Tannat à de nombreuses confrontations mondiales. Il nous faut pérenniser, régler, affiner, pour être toujours plus performant.

 

Je continue toujours à chercher plus de précision pour rester dans les vins les plus originaux et les plus personnalisés au monde  avec comme ligne de conduite la recherche de profondeur, fraîcheur et élégance.

 

GVP: Merci beaucoup d’avoir répondu à nos questions !