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Interview de Damien Brisset, directeur technique de Ferraton Père et Fils

Par GrandsVinsPrivés Le 20 juin 2014

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La propriété fut créée en 1946 après la Seconde Guerre Mondiale par un fils de vignerons. Jean Orëns Ferraton est l’homme à l’origine de cette maison viticole familiale qui s’épanouit au cours des années comme une des maisons de référence dans la Vallée du Rhône. Michel, le fils de Jean, reprend le travail engagé par son père et agrandit considérablement le vignoble. La propriété fut complétée rapidement par des vignes des appellations prestigieuses comme Crozes-Hermitage, Hermitage et Saint-Joseph.

Un autre changement majeur qui influença la vinification et la philosophie voit le jour en 1998Michel Chapoutier, vigneron incontournable de la Vallée du Rhône et très bon ami de la famille Ferraton, partage son savoir-faire pour convertir la maison Ferraton vers la biodynamie. Cette réorientation est un pilier qui forge l’identité de la maison qui repose sur le respect et le travail de la terre, de la vigne et du vin.

GrandsVins-Privés : En trois mots, comment décririez-vous vos vins si c’était :

Une fleur ?

Damien Brisset : Subtile, délicate, lumineuse.

GVP : Un fruit ?

DB : Généreux, gourmand, vif.

GVP : Un parfum ?

DB : Discret, élégant, racé.

GVP : Une musique ?

DB : Classique, créative, spirituelle.

GVP : Une couleur ?

DB : Pourpre, rubis, profonde.

GVP : Un tableau ?

DB : Nature, vivant, précis.

GVP : Un animal ?

DB : Puissant, fier, dynamique.

GVP : Quels sont les meilleurs millésimes pour votre propriété?

DB : 2009, 2010 et 2013

 

GVP : Comment définiriez-vous le style et la philosophie de votre propriété ?

DB : Notre philosophie : un respect des équilibres naturels (biodynamie), une mise en avant aromatique des différences engendrées par la diversité de nos terroirs (sélections parcellaires), une recherche de l’équilibre et de la justesse.

 

Le style : je le définirais comme le fruit de notre philosophie.

 

GVP : Un Grand Vin qui vous a marqué au cours de votre parcours? A quelle occasion ?

DB : Un « Cheval blanc 1975 ».

D’abord car il s’agissait d’une très belle bouteille. Et surtout parce qu’il s’agissait d’un cadeau qui m’a été offert par Pierre Lurton et que nous avons partagé entre amis et famille. C’était un soir d’automne… et il y a eu bien d’autres bouteilles…mais celle-là je m’en souviens !

 

GVP : A titre personnel, quel est votre cépage préféré ?

DB : La syrah sur son berceau septentrional

 

GVP : Un grand personnage du vin qui vous a marqué ?

DB : Michel Ferraton

GVP : Quel est votre moment le plus émouvant dans l’année comme gérant d’un vignoble ?

DB : La plantation d’une vigne sur une nouvelle parcelle. Car il s’agit d’une chose qui nous projette dans l’avenir et qui transcende nos propres personnes. Elle est source de renouvellement, d’espérance et de rêve lorsqu’on imagine quel sera le futur vin. C’est évidemment un peu comme la naissance d’un enfant.

GVP : Quels sont selon vous les atouts de votre région viticole ?

DB : Un excellent cépage, une climatologie très favorable et des terroirs parmi les plus extraordinaires au monde.

 

GVP : Quel est le pays dont vous pensez être surpris dans les 10 prochaines années en termes de consommation ou de production de vin ?

DB : La Russie pour la consommation et pour la production les régions qui incarnent le berceau de la viticulture : Géorgie, Arménie…

GVP : Ferraton Père & Fils est étroitement lié à la maison M. Chapoutier. Quelle influence cela a-t-il sur vous ?

DB : Effectivement la Maison Ferraton Père & Fils est intimement liée à la Maison M. Chapoutier. Un peu comme si nous avions été adopté par Michel Chapoutier. C’était il y a un peu moins de 20 ans…

Nous nous souvenons comme si c’était hier des conseils qu’il nous prodiguait et de la force de ses convictions : la biodynamie, l’art de la sélection parcellaire…

Son influence est importante, vous le voyez mais l’équipe Ferraton vole maintenant de ses propres ailes  et a un style différent des vins Chapoutier.

20 ans après, je pense qu’il nous regarde avec fierté.

 

 

GVP : Vous cultivez vos vignes en biodynamie et pratiquez la sélection parcellaire : que cela apporte-t-il à vos vins ?

DB : La biodynamie a d’abord apporté beaucoup de joie et énormément de fierté à nos vignerons dans leur travail au quotidien :

Hériter d’une terre et œuvrer jour après jour pour mieux y percer ses secrets tout en la respectant c’est exaltant et profondément enrichissant.

Le miracle de la biodynamie c’est d’abord dans la tête et le cœur du vigneron.

Et évidemment cela se traduit par une qualité retrouvée au vignoble et par des vins plus authentiques et plus équilibrées.

Après 10 ans passés sur le Domaine Ferraton, il nous semble que la biodynamie a permis à nos vins 2 choses :        l’expression d’une véritable identité de nos vins au regard de la très grande diversité de nos terroirs et un équilibre qui permet de dompter avec toujours plus de justesse la force et la puissance de nos terroirs.

 

GVP : Dans une région où d’autres acteurs sont importants, en quoi vous différenciez-vous ?

DB : Notre différence tient en premier lieu  à la spécificité très forte de nos terroirs,  renforcée par la biodynamie et les sélections parcellaires sur des Lieu-dit célèbres mais souvent assemblés (Dionnières, Méal, Grand Courtil, Paradis, Saint Joseph). Ensuite je dirais que nous regardons ces acteurs importants avec respect et surtout avec énormément d’admiration. Ils sont pour nous des exemples dans le sens où ils nous donnent l’envie de nous surpasser et l’espérance, un jour, de les égaler.