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Interview de Didier Miqueu – Co-propriétaire du Château Soleil et du Château Croix du Rival

Par GrandsVinsPrivés Le 04 juillet 2014

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GVP : En trois mots, comment décririez-vous votre vin si c’était :

 

–        Une fleur ? Une rose– Jacques Prévert –

–        Un fruit ? Cerise

–        Un parfum ? Pour Monsieur…

–        Une musique ? le Sacre du Printemps

–        Une couleur ? Bordeaux !

–        Un tableau ? Matisse…

–        Un animal ? Race et puissance, un golden retriever ?

 

 

GVP : Quels sont les meilleurs millésimes pour votre vin (ou votre propriété) ?

Un petit faible pour le premier, 2005, et puis évidemment 2009 et 2010 comme partout à Bordeaux. Mais le vignoble a fait de tels progrès : 2012 en étonnera beaucoup !…

 

 

GVP : Comment définiriez-vous le style et la philosophie de votre propriété ?

 

Le respect du terroir et de la plante est le maître mot : le vin se fait à la vigne, et la vendange de fruits sains et mûrs est la clé de nos meilleurs millésimes. Comme aime à le dire Stephan von Neipperg, la puissance ici nous est offerte par la nature, tout l’art du vigneron est de bien la maitriser, d’y adjoindre le soyeux et la finesse qui sont le privilège des grands vins…

 

 

GVP : Quel plat conseilleriez-vous pour accompagner votre cru ?

 

Une côte de bœuf évidemment… mais un salmis de faisan fait très bien l’affaire !

 

 

GVP : Un Grand Vin qui vous a marqué au cours de votre parcours? A quelle occasion ?

 

Ne parlons que de vins d’exception : mon premier Yquem, pour un Noël familial, Haut-Brion 1989, incroyablement élégant… Mais combien d’autres sans pédigrée !…

 

 

GVP : A titre personnel, quel est votre cépage préféré ?

Le merlot, plutôt rive droite à Bordeaux donc…

 

GVP : Un grand personnage du vin qui vous a marqué ?

Comment ne pas citer Stephan (von Neipperg) avec qui je partage depuis plus de dix ans de belles histoires de vignes à Bordeaux…

 

GVP : Quel est votre moment le plus émouvant dans l’année en tant que propriétaire/directeur/gérant d’un vignoble ?

La vendange bien sûr, où converge tout le travail de l’année…

 

GVP : Comment avez-vous ressenti le millésime 2013 ? Comment se passe le millésime 2014 pour l’instant ?

Le millésime 2013 ne mérite pas sa faible réputation : l’année fut difficile, mais beaucoup de vins sont finalement bien faits. Au Château Soleil, nous avons produits des quantités très faibles, mais les vins se goûtent très bien.

Le printemps a été cette année beaucoup plus favorable à la vigne que l’an dernier. A la fermeture de la fleur, on peut dire qu’on est parti pour un très bon millésime. L’été nous dira si 2014 est un nouveau millésime du siècle à Bordeaux !

 

GVP : On parle beaucoup de la grêle actuellement dans l’actualité. Prenez-vous des précautions contre ce fléau ? Lesquels ?

Les assurances n’offrent pas la protection financière rêvée… L’artillerie chimique contre les nuages n’est pas la panacée… Et installer des filets de protection vaut pour les pommiers, mais pas pour les vignes, en tous cas chez nous… Peut-être faudrait-il approcher El Nino pour lui demander plus de clémence ?

 

GVP : Quel est votre défi principal actuellement en tant que propriétaire de château ?

Gérer le temps, le temps de la vigne qui est celui d’une vie, le temps d’un terroir qu’il faut rendre à la nature, le temps d’une reconnaissance qui demande tant de millésimes… à l’époque de l’internet et de l’obsolescence programmée.

 

GVP : Quels sont selon vous les atouts / les particularités de votre région viticole ?

Bordeaux est la plus grande région viticole au monde, par la quantité et la qualité de ses grands vins. L’actuelle réputation des grands Bordeaux, « trop chers », n’est due qu’aux excès de la spéculation sur quelques-unes des plus grandes étiquettes. En réalité Bordeaux n’a jamais produit, dans toutes ses appellations, autant de grands vins d’une telle qualité, au rapport qualité-prix vraiment exceptionnel. Aux Bordelais de continuer à le faire savoir !…

 

GVP : Quel est le pays dont vous pensez être surpris dans les 10 prochaines années en termes de consommation ou de production de vin ?

La Chine évidemment, qui va si vite dans sa courbe de développement et d’apprentissage, dans tous les domaines…

 

GVP : Racontez-nous une anecdote amusante ou qui a marqué votre vie dans le vin ?

Se souvient-on que Saint-Christophe-des-Bardes, tout près de Saint-Emilion, est la patrie d’un ancien champion de France de Tennis de Table ? Au tournoi annuel organisé à l’époque par la petite commune, on gagnait une bouteille de Saint-Emilion, Grand Cru ou Classé, à chaque tour passé… Je pratiquais alors avec suffisamment de succès pour remplir ainsi, à la force de ma raquette, la cave de mon père. J’y apprenais, de la bouche du maître des lieux, démonstrations à l’appui, que les vins de la rive gauche ne valaient pas pipette, et que les grands bordeaux naissaient à Saint-Emilion. Le début d’une vocation, peut-être…