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Interview de Mélanie Tesseron, directrice générale du Château Pontet-Canet, Pauillac

Par GrandsVinsPrivés Le 18 juin 2015

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Château Pontet-Canet, quand élégance et Grand Cru Classé se rencontrent…

 C’est au début du XVIIIe siècle que Jean-François de Pontet, grand écuyer du roi devenu gouverneur du Médoc, rassemble plusieurs parcelles de terres situées à Pauillac. Cent ans plus tard, le fameux classement de 1855 n’oublie pas Pontet-Canet, qui intégre ainsi l’élite de la viticulture médocaine. Propriété de la famille Cruse, en 1865, Pontet-Canet est acquis en 1975 par un négociant venu de Cognac, Guy Tesseron. Ce sont aujourd’hui les descendants de Guy Tesseron, son fils Alfred et  ses nièces Mélanie et Philippine, qui possèdent les 80 hectares du domaine. La philosophie de la maison ? Intervenir le plus naturellement possible dans le vignoble en banissant tout désherbant chimique et en protégeant l’environnement en respectant les principes de l’agriculture biologique et de la biodynamie.

 

Mélanie Tesseron, directrice générale du Château Pontet-Canet, a accepté notre invitation en répondant à quelques unes de nos questions.

 

GVP : En quelques mots, comment décririez-vous votre vin si c’était : 

– Un film ? Le grand bleu.

 

– Un voyage ? Une marche dans une forêt remplie de fruits rouges et noirs, et d’arbousiers donnant sur un passage dense qui se prolonge et s’adoucit.

 

– Un art ? L’artiste  Bridget Riley.

 

– Une musique ?  J.S. Bach – Cantata, BWV 208 – Aria ‘Schafe Können Sicher Weiden’.

 

– Un parfum ? Le nez de Pontet-Canet.

– Un paysage ? Le vignoble de Pontet-Canet.

 

– Un grand personnage ?  Mon oncle, Alfred.

 

GVP : Quels sont les meilleurs millésimes pour votre vin?

MT : Tous, pour différentes raisons. Chacun est unique. Chaque millésime est considéré comme un enfant de notre famille. Chaque enfant est différent avec sa propre personnalité, il en va de même pour les différents millésimes de Pontet-Canet.

 

GVP : Comment définiriez-vous le style et la philosophie de votre propriété ?

MT : Notre éthique, notre philosophie repose sur le respect du terroir. C’est la raison pour laquelle, nous sommes partis sur cette définition, cette logique de l’agriculture biologique et biodynamique en 2004.

En 2007, nous avons commencé à travailler avec des chevaux afin de ne plus compacter les sols et qu’ainsi les racines puissent chercher la nutrition sans contrainte.

A ce jour, nous avons 8 chevaux. Nous couvrons 50 % du vignoble (40 ha), plus aucun tracteur n’y passe.

Nous avons commencé des travaux qui vont durer 3 ans pour avoir des écuries supplémentaires et surtout, pour couvrir 100% de notre vignoble avec des chevaux.

Ce que nous désirons avant tout, c’est le respect  de notre terroir tout en apportant à notre vin l’équilibre naturel en respectant ses cycles par le biais de méthodes naturelles.

Le résultat qui en découlera sera l’expression la plus pure du fruit.

 

GVP : Comment s’est passé le millésime 2014 à votre propriété ?

MT : Très bien. Notre 2014 reflète à la fois puissance profonde et élégance.

 

GVP : Le Château Pontet-Canet est encore un domaine familial. Comment cela se ressent-il dans la manière de travailler au sein de la propriété ?

MT : En effet, nous restons très attachés à notre propriété. Nous sommes très heureux de l’avoir et de faire perdurer ce que notre famille a créé. Je pense que notre équipe le ressent, nous avançons tous vers le même objectif, celui de faire progresser Pontet-Canet, encore et toujours.

 

GVP :  Qu’a apporté la branche du cognac de la famille Tesseron à la propriété ?

MT : Tesseron Cognac était à l’origine de la famille et fut fondé en 1905 par mon arrière-grand-père Abel Tesseron. Mon grand-père, Guy Tesseron a fait grossir cette activité ce qui lui a permis d’acheter Pontet-Canet en 1975. Ensuite, nous avons développé la branche cognac, en commercialisant une collection de XO sous le nom familial.

 

 

 

GVP : Quelles sont les tâches qui diffèrent dans votre Château en termes de biodynamie par rapport à un autre Château « plus traditionnel » ?

MT : Nos traitements sont faits à base de plantes, minéraux… on respecte les cycles de la plante.

 

 

 

GVP : Un Grand Vin qui vous a marqué au cours de votre parcours? A quelle occasion ?

MT : Il m’arrive, comme tout le monde, de déguster d’autres vins et même si je pense que certains vins sont excellents, je reste fidèle à mon goût qui est très Pontet-Canet.

 

GVP : A titre personnel, quel est votre cépage préféré ?

MT : Le Cabernet Sauvignon pour sa puissance et son élégance.

 

GVP : Quel est votre moment le plus émouvant dans l’année au cœur du vignoble ?

MT : Les vendanges.

 

GVP : Quelle image souhaitez-vous transmettre de la marque Pontet-Canet en France ? A l’étranger ?

MT : Le respect du terroir, la profondeur et l’élégance de notre vin et la pureté du fruit.

 

GVP : L’œnotourisme : observez-vous une augmentation depuis le développement de cette activité ?

MT : Depuis 2006, nous avons 3 guides qui accueillent le public sur rendez-vous du 1er mai au 31 octobre, week-ends et jours fériés. Nous sommes effectivement en progression constante.

 

GVP : Quel plat conseilleriez-vous pour accompagner votre cru ?

MT : Tous.

 

GVP : Quel vin dégusté récemment peut-il constituer un coup de cœur pour vous (France ou monde) ?

MT : Le Grand Cru Mambourg 2008 du Domaine Marcel Deiss (Alsace).

 

GVP : Racontez-nous une anecdote amusante ou qui a marqué votre vie dans le vin ?

MT : Mon oncle, Alfred Tesseron m’a demandé de le rejoindre en 2005. D’origine londonienne, graphiste à l’époque, j’arrive en France, à Pauillac… Changement de décor ! Je décide tout de suite de passer le DUAD (Diplôme Universitaire d’Aptitude à la Dégustation) et lors d’un dîner avec mon oncle, des amis dont un courtier, me demande de lui décrire le vin que je suis en train de déguster…

Pour commencer, je lui fais une liste de descriptions, il me dit non ! Je dresse une autre liste, il me dit encore non ! J’établis une dernière liste à laquelle il répond toujours non ! Et c’est avec une décontraction des plus totales, qu’il me dit « tu as juste oublié de me dire si tu trouvais ce vin bon ou pas bon ! ». Je tiens à cette anecdote car quoi qu’il arrive, il ne faut pas perdre de vue que la dégustation d’un vin est instinctive et elle doit rester simple. Le vin se partage et s’apprécie…

GVP : Merci beaucoup Mélanie Tesseron pour vos réponses !