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Interview de Tristan Kressmann, propriétaire du Château Latour-Martillac

Par GrandsVinsPrivés Le 20 mars 2015

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Château Latour-Martillac, l’un des rares domaines Grand Cru Classé de Graves en blanc et en rouge !

Cru classé dès 1953, le Château Latour-Martillac doit son nom à la Tour ornant sa cour d’honneur, vestige d’un fortin bâti à Martillac au XIIème siècle par les ancêtres du célèbre philosophe et vigneron Montesquieu. Ce domaine attira l’attention d’Edouard Kressmann, négociant à Bordeaux depuis 1871, en particulier pour la qualité de ses vins blancs. Son fils ainé, Alfred acheta le domaine en 1930, et développa le vignoble rouge, avec son fils Jean, sur la remarquable croupe graveleuse du village de Martillac.

Ensemble ils dessinent l’étiquette originale, barrée d’or et de sable, qui orne les bouteilles depuis 1934. Aujourd’hui, Loïc et Tristan Kressmann, les deux derniers fils de Jean Kressmann, aidés des meilleurs consultants oenologues du bordelais, poursuivent la tradition familiale pour tirer le meilleur de cet authentique terroir de Graves. La production annuelle est d’environ 12 500 caisses de rouge et 3 000 caisses de blanc.

Tristan Kressmann, propriétaire du Château Latour-Martillac, a répondu à notre invitation en répondant à quelques questions.

 

GVP : En quelques mots, comment décririez-vous les vins du Château Latour-Martillac si c’était : 

– Un fruit ? Les fruits rouges (cassis, cerises) se retrouvent dans la jeunesse des grands millésimes, comme en 2009 et 2010, et maintenant 2014.

– Un parfum ? Celui du cèdre est assez caractéristique de nos vins après une dizaine d’années de viellissement en bouteille. Cette note discrète et élégante se trouve aussi dans le parc, dominée par un cèdre bicentenaire.

– Une musique ? C’est une musique douce, harmonieuse et équilibrée. Jamais excessive et tonitruante. On pense à une Partita de JS Bach, ou une étude de Chopin…

– Un tableau ?  Un tableau de Georges de Sonneville, qui a peint en 1928 une scène de vendange à Martillac (exposé au Musée des Beaux Arts à Bordeaux).

 

GVP : Comment définiriez-vous le style et la philosophie de votre propriété ?

TK : Notre souci est de respecter notre environnement et notre vignoble. Le travail soigné des différents cépages, de la taille à la récolte a pour but de cueillir des fruits au meilleur de leur maturité : bien mûrs, mais pas trop. Vinifiés avec patience, ils donneront des vins harmonieux, équilibrés et élégants, sans jamais de lourdeur ou d’excès d’extraction…

 

GVP : Quels sont les meilleurs millésimes de la propriété ?

TK : Comme tous les vignerons de Bordeaux, nous citerons les récents exceptionnels millésimes 2009 et surtout 2010. 2005 et 2000 ont été également très réussis. Mais finalement chaque millésime mérite un intérêt : 2001 se révèle aujourd’hui proche de 2000 ; 2002, avec sa forte proportion de Cabernet Sauvignon est aujourd’hui d’une élégance rare ; 2003, après un été caniculaire nous étonne par sa fraîcheur,…

Plus loin dans le temps, les réussites ont été 1995, 1990, 1986 ou 1983. Ce dernier est resté le millésime préféré de Jean Kressmann, notre patriarche, qui a veillé sur le vignoble pendant un demi-siècle.

 

GVP : Qu’apporte le Petit Verdot à vos vins rouges ?

TK : Ce cépage est étonnant de régularité. Il faut savoir saisir sa maturité fugitive, entre celle des Merlots et les premiers Cabernets Sauvignons. Il représente désormais entre 5 et 7 % de nos assemblages, apportant des notes d’épices et de fruits noirs. Son acidité naturelle vient équilibrer un niveau de d’alcool souvent élevé.

 

GVP : Quels sont les pays qui importent le plus vos vins ? 

TK : Nous sommes fiers que la France soit notre première zone de distibution, comme beaucoup de nos voisins de Graves ou de Pessac-Léognan. Aujourd’hui néanmoins, outre les destinations traditionnelles européennes (Belgique et Allemagne en tête), l’Asie et les USA sont en forte progression.

 

GVP :  À quoi sert aujourd’hui la tour de la propriété ?

TK : Cette tour est le vestige moyen-ageux d’un fortin qui devait servir d’octroi à l’entrée du village de Martillac. La tour n’est constituée que d’un escalier, deservant 3 niveaux, dont un en sous-sol.

 

GVP : un Grand Vin qui vous a marqué au cours de votre parcours dans le vin ? A quelle occasion ?

TK : Sans hésiter : un Yquem 1937. La richesse, la complexité, la fraîcheur de vin après cinquante ans de bouteille était impressionnante. Le vignoble de Sauternes, situé au cœur de la région des Graves est assuremment un grand terroir pour nos cépages blancs.

Après cette expérience entre amis, je l’ai renouvelé avec à Latour-Martillac blanc 1937, cette fois avec notre consultant Denis Dubourdieu. Nous y avons touvé ensemble tout ce que l’on peut espérer dans un grand vin blanc, même après plus de cinquante ans.

 

 

GVP : Quel est votre moment le plus émouvant au cours de l’année dans le vignoble ? 

TK : Le moment le plus fort est évidemment celui des vendanges. C’est celui  où nous voyons naître le millésime. Blanc et rouge, les cépages vont révéler leur style, leur personnalité, comme un enfant qui vient au monde. Une naissance, quoi de plus émouvant ?

 

GVP : Avez-vous également un projet oenotouristique pour les années à venir ? Si oui, lequel ?

TK : Notre proximité de Bordeaux rend facile l’accès de visiteurs de plus en plus nombreux. Nous les accueillons avec plaisir.

Notre projet est de présenter notre vieille parcelle de vignes greffée en 1884. Coplantées de plusieurs variétés de cépages blanc (semillons, sauvignons et muscadelle), il est un trésor de diversité. Nous l’appelons notre parcelle de « collection », et nous la cultivons avec amour et passion. Pour respecter l’age des ceps tortueux, nous sommes revenus au labour traditionnel avec des chevaux. Un régal des yeux, dans  un vignoble historique…

 

GVP : Château Latour-Martillac et le « bio », quelques commentaires ?

TK : Le bio est notre rêve à tous. Mais il y a un pas du rêve à la réalité. Nous nous en approchons tous les ans un peu plus, en nous adaptant aux risques liés à nos conditions climatiques. Notre approche raisonnée consiste à réduire autant que possible les traitements sanitaires. Le travail des sols permet au vignoble de renforcer ses résistances, sa structure racinaire, le rendant moins sensible aux variations d’humidité. Les travaux en vert, en contrôlant l’évolution du feuillage, ont pour objet de favoriser la maturité optimale des raisins.

 

GVP : Merci beaucoup Tristan Kressman pour vos réponses !