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Interview Valenti Llagostera – Mas Doix

Par GrandsVinsPrivés Le 21 novembre 2015

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Mas Doix est le fruit d’un superbe terroir espagnol et du savoir-faire de passionnés.

Située dans l’appellation Priorat, cette Bodega bénéficie d’un terroir idéal : « llicorella ». La famille Doix exerce sa passion et ses valeurs depuis 90 ans, au sein de ce vignoble de 15 hectares. Les vins élaborés sont fruités, de grande qualité et pouvant vieillir en cave pendant de nombreuses années. La production est faible et donc assez exclusive. Cela confère au domaine une identité forte, ce qui en fait un produit très recherché auprès des connaisseurs et des amateurs de vins dans le monde. L’élégance, l’équilibre ainsi que la structure constituent le mot d’ordre qualitatif de ces vins.

Mas Doix est le vignoble le plus au nord dans le village de Pobbleda. Il bénéficie donc de l’excellent terroir de la région du Priorat. Cette dernière a d’ailleurs connu une explosion en termes de plantations depuis la fin des années 1980. Le Carignan est le cépage le plus planté et seules les vignes les plus vieilles en produisent un vin d’exception.

Valenti Llagostera, co-fondateur et co-propriétaire de Mas Doix, a souhaité nous faire découvrir ce magnifique domaine :

 

GVP : En trois mots, comment décririez-vous votre vin si c’était :

 Une fleur ? Des herbes méditerranéennes de sous-bois, un bouquet de thym

– Un fruit ? Une cerise mûre, ferme et fraîche

– Un endroit ? Le Priorat au printemps

 Une parfum ? Intense, durable, vif et séduisant

– Une musique ? Avec du rythme et de l’harmonie

 Un paysage ? Ensoleillé, frais, serein, vaste et intimiste

 

GVP : Le style et la philosophie de la propriété sont-ils restés les mêmes aujourd’hui (comparé à l’époque 1850)

VL : Rien à voir ! En 1850, la culture et le traitement de la vigne relevaient de la survie. Le vignoble était la seule culture susceptible de croître dans la région avec les caractéristiques du sol et du climat. Le Priorat a une longue histoire de la vigne et de la vinification, très basiques. Pour preuve, le vin a été vendu en vrac et non embouteillé pendant des décennies. Il était utilisé à l’origine comme vin d’assemblage pour améliorer les vins de qualité provenant d’autres appellations plus développées qui avaient les moyens de produire  et mettre en bouteilles!

C’est à la fin des années 1980, avec l’arrivée de René Barbier que commence réellement la mise en bouteille ! La mise en bouteille et le travail d’élaboration fine ont commencé il y a seulement 20 ans.

 

GVP : A titre personnel, quel est votre cépage préféré ?

VL : Le Carignan. C’est l’une des variétés autochtones du Priorat avec le Grenache. Je pense que c’est le mieux adapté au climat de notre région. C’est seulement avec des vieilles vignes (à partir 50 ans) et des sols chauds et secs comme le llicorella, que peuvent être obtenus de grandes expressions de fruit, accompagnées d’une grande fraîcheur; le Carignan est caractérisé par une acidité très élevée et ainsi qu’une grande structure.

Tous nos vins se sont différenciés depuis le début par un pourcentage important de Carignan. Il y a un an, nous avons présenté notre 1902, 100% Vieux Carignan (planté en 1902). Une production d’à peine 3 barriques.

 

GVP : On dit souvent que le « Costers de Vinyes Velles » est l’unique concurrent du grand L’Ermita, qu’en pensez-vous ?

VL : Je suis heureux de savoir que notre Doix Costers de Vinyes Velles est considéré comme l’un des deux plus grands vins du Priorat! Il y a de la place pour tout le monde! Meilleurs sont les vins, plus  noble sera le Priorat.

 

GVP : Un grand personnage du vin qui vous a marqué ? Pour quelle(s) raison(s) ?

VL : René Barbier, quand il est arrivé au Priorat, son attitude, sa façon d’être, le respect, l’humilité. Il nous a ouvert les yeux sur ce que nous pourrions faire. Dès le début, il était avec nous pour nous soutenir. Nous lui avons fait goûter nos premières bouteilles. Il nous a encouragés à continuer. Sa confiance nous a donné confiance.

 

GVP : Quel est votre moment le plus émouvant dans l’année ?

VL : Les vendanges et l’assemblage. Les vendanges s’étendent sur deux mois intenses, pendant lesquels nous baignons dans des arômes de fruits, de jus et de fermentation. Du raisin dépend le vin. Du fruit, le moût ; et du moût, le vin. L’assemblage est un moment de décision dans l’élaboration des vins. Et des différents assemblages. Il faut voir celui qui représente le mieux le millésime, qui sera le plus apte au vieillissement, qui pourra maintenir le mieux possible la ligne établie, pourra le mieux exprimer notre unicité. Toutes les années sont différentes et nous apprenons toujours de l’année précédente. Tous les ans, nous essayons d’être meilleur !

 

GVP : Quels sont selon vous les atouts / les particularités de la région Priorat ? 

VL : Trois axes simultanés. Histoire, terroir et famille. Le Priorat ? Avant, cela signifiait «  les terres du Prieur ». Il se réfère à la prieur de la Chartreuse de Scala Dei, chartreuse construite au XIIe siècle. Les moines ont introduit la culture de la vigne et du vin dans la région et depuis lors, le raisin et le vin ont été la raison d’être du Priorat. Comme dans les autres grandes régions viticoles de l’Ancien Monde, elles ont tendance à avoir une certaine relation avec l’Église; Cluny en Bourgogne, Châteauneuf-du-Pape et les vignobles du Pape d’Avignon, etc.

Le terroir : Le llicorella. Ardoise, minéralité, microclimat méditerranéen, nuits continentales, Grenache et Carignan. Des similitudes avec ce qu’on trouve en Châteauneuf-du-Pape.

Et la famille, cinq générations liées à la vigne et au vin. Austère, forte, avec la passion nécessaire pour supporter et le courage de replanter après le phylloxéra en 1902. Il faut croire en l’avenir.

 

GVP : Quelles sont les plus grandes différences entre la production de vin française et celle de l’Espagne ? Laquelle préférez-vous et pourquoi ?

VL : Depuis de nombreuses années, la principale différence était la qualité moyenne du vin. À cet égard, la France a toujours été la référence en aval.Beaucoup d’années à développer et améliorer les produits.

En Espagne, en général, et avec des exceptions honorables (Vega Sicilia, Marques de Murrieta, …) c’est à la fin des années 1980 qu’est mis en place un procédé de fabrication qui s’appuie sur le processus de développement français. Aujourd’hui, plusieurs processus ont commencé (récupération et opérations de diversification). Ils permettent la création d’un grand nombre de grands vins en Espagne.

 

GVP : Depuis 5 générations, la passion du vin est au cœur du domaine. Que souhaitez-vous transmettre aux générations futures?

VL : Nous tenons à transmettre l’importance de la passion qui représente le moteur de ce domaine. Ainsi que la différenciation par la qualité pour garantir la survie. Développement distinctif pour jouir de vins uniques et profiter de la vie. Nous pouvons offrir de grands vins méditerranéens, mûrs, gorgés de soleil et de fruits frais! Sans oublier de préserver le terroir, la culture et respecter  l’environnement. Le vin est le fruit d’une terre, d’un paysage et de ses habitants. Les Vins sont une forme très raffinée de la culture !

 

GVP : Quel est le pays par lequel vous pensez être surpris dans les 10 prochaines années en termes de consommation de vin ?

VL : Je pense que les États-Unis continueront de progresser sur deux plans. Ce pays sera un important « nouveau producteur » dans les zones qui sont en cours de développement (comme l’Oregon). Et il jouera un grand rôle dans l’augmentation de la consommation de vin. Ce pays représente différents publics (en qualité comme en quantité) et je pense que c’est encore un grand champ vers l’avant.

 

GVP : Qu’est-ce que vous conservez de purement traditionnel au sein du domaine ?

VL : Les «porteurs» qui ont été utilisés lors du passage aux mules pour transporter les raisins à des maisons ou le bois à des coopératives.

GVP : Depuis la création du domaine, beaucoup de choses ont changé. Quel est le changement le plus important ?

VL : Nous avons créé la cave en 1998 et à cette époque, c’était le premier établissement vinicole en plus de la Pobbleda (coopérative créée dans les années 1930). Aujourd’hui, il existe déjà dans le Priorat environ 100 établissements. Mais il faut l’envergure nécessaire pour avoir un poids dans ce secteur. Le grand changement se reflète dans la moyenne des plus hauts scores qu’obtiennent la plupart des vins D.O.Q* (ou D.O.C) Priorat, par rapport à d’autres D.O en Espagne.

* Système d’appellation espagnol

GVP : L’œnotourisme dans votre région, des commentaires ?

VL : De plus en plus importante, cette activité est certainement l’une des pierres angulaires au développement du Priorat ainsi qu’à sa consolidation. Peu à peu, l’offre répond à la demande : création de nouveaux petits hôtels, de restaurants, etc.

GVP : L’agriculture raisonnée, biologique ou biodynamique. Ce sont des sujets que vous étudiez ?

VL : Nous étudions tout ! Au jour d’aujourd’hui, nous étudions l’agriculture durable, les produits organiques suivants le calendrier lunaire.

GVP : Parlez-nous de votre gamme de vin. Comment la décririez-vous en quelques mots ?

VL : Les Crestes est un vin frais et élégant ! Les Salanques et Doix sont plus larges, plus long, plus persistants mais toujours frais et élégants. Avec l’âge des vignes, la longueur des racines qui poussent à travers les fissures du llicorella, augmente de plus en plus. Elles atteignent jusqu’à 15 mètres de long ! Les Grenaches nous offrent des arômes de fruits rouges frais. Le Carignan nous apporte la structure ainsi qu’une acidité élevée sans oublier la couleur! Les arômes, la couleur, la structure, l’acidité… Ce sont des vins de plaisir !

GVP : Sur les 10 prochaines années, quels sont vos principaux objectifs (développement international, production, etc.) ?

VL : En 10 ans, nous honorerons notre 25e anniversaire ! Et avoir 25 ans, cela commence à être un âge !

Le premier objectif est de consolider la marque Mas Doix, comme l’une des plus grandes marques dans le Priorat : un Priorat cool et élégant. Cela prend du temps, mais les millésimes ouverts démontrent que les vins sont là! Nous voulons aussi affirmer notre présence sur les principaux marchés internationaux (aujourd’hui, nous exportons vers 20 pays). Du point de vue de la production, le défi à relever est de construire une nouvelle cave, beaucoup plus grande pour pouvoir produire jusqu’à 150 000 bouteilles. On y va petit à petit (bouteille après bouteille). Chaque bouteille vide, qui a donné du plaisir à la dégustation (et donc un sourire), est la meilleure preuve qu’une autre bouteille peut être ouverte. Et ainsi de suite. Nous voulons faire partie de la vie des gens. Nous aimons savoir que nous sommes présents à des événements familiaux, amicaux, des rencontres entre sommeliers exigeants…

 

GVP : Racontez-nous une anecdote amusante ou qui a marqué votre vie dans le vin ?

VL : Pour le meilleur ou pour le pire, nous n’avons été présents qu’une seule fois à Vinexpo (Bordeaux). C’était en 2001, où nous avons participé avec un stand de 2m2. En quelques heures, nous avons commencé à recevoir des visiteurs, pas tant des visiteurs de la foire elle-même, mais des producteurs de différents stands. Une rumeur s’est alors répandue sur le vin du Priorat appelé Doix : il valait la peine d’être dégusté. A ce moment, nous n’étions pas conscients de l’impact que ce vin avait eu, mais au fil du temps, on a pu s’en rendre compte. Dans plusieurs pays, nous avons rencontré des personnes qui nous ont découvert à Vinexpo et depuis de cette date, ils nous suivent !!!

 

GVP: Merci beaucoup, Valenti Llagostera d’avoir chaleureusement répondu à nos questions !